« Le scénario est le programme de vie continu d’une personne qui dicte le but de son existence et trace le chemin qui l’y mènera ».  Muriel James et Dorothy Jongeward

 

Franck a 50 ans, il est marié, ses deux grands enfants ont quitté la maison et il occupe un poste de manager dans une société de services. Depuis quelques temps, il ressent une certaine insatisfaction que rien ne semble vouloir combler, ni son investissement professionnel, ni les séances de sport de plus en plus intenses et fréquentes auxquelles il s’astreint pour « décompresser », ni même les vacances en Corse …

En dépit de tous ses efforts, le malaise persiste. Lors d’un entretien avec un coach, Franck réalise que la vie qu’il mène ne correspond pas ou plus à la personne qu’il se sent être profondément, et que des changements dans sa vie personnelle et/ou professionnelle seraient souhaitables. La prise de conscience est là, pourtant rien ne change. Franck se sent comme « empêché » d’avancer et de changer, bloqué dans des schémas anciens qui ne le satisfont plus et qu’il est incapable de faire évoluer …

Quelle est cette force d’inertie étrange qui nous maintient dans des relations, des situations, qui sont en désaccord avec notre essence profonde ?

Nous agissons parfois comme s’il nous était impossible de décider librement de notre vie, impossible d’imaginer un avenir différent alors même que le présent ne nous convient plus, comme si nous étions les acteurs d’un film que quelqu’un d’autre aurait écrit pour nous. Cette force puissante et inconsciente s’appelle le scénario de vie, nous en avons été l’auteur très tôt dans notre enfance, sans que nous en ayons le souvenir. Ce scénario continue de nous influencer profondément à tous les âges de la vie, à moins que nous ne décidions de le réécrire.

C’est Eric BERNE, le fondateur de l’Analyse Transactionnelle, qui a émis le premier l’idée que notre vie se déroule selon un scénario prédéfini, comme sur une scène de théâtre. La pièce que nous jouons comprend d’autres personnages que le nôtre, et ces personnages sont joués par nos proches. Comme dans un conte, une pièce ou un film, notre récit comprend une scène d’ouverture (par exemple un sort jeté sur le berceau du bébé par des sorcières), une progression de l’intrigue, et un dénouement plus ou moins spectaculaire. Le déroulement de notre vie entière est comme « écrit d’avance », prévisible, et même inéluctable. La vie se déroule comme le prévoit notre scénario.

Nous écrivons le roman de notre vie, et l’écriture de ce roman a commencé très tôt dans l’enfance.

A un âge très précoce, chaque personne se forge une idée de sa propre valeur, de la valeur des autres et de la valeur de la vie. Sur la base de cette conviction, influencée par les parents, le tout petit enfant décide ensuite de la meilleure stratégie pour « s’en sortir » dans le monde tel qu’il le perçoit de son regard d’enfant, à un âge où les émotions sont intenses et la perception de la réalité limitée.

Notre scénario se forme sur la base des réponses à trois questions clés :

  • Qui suis-je ?
  • Qu’est-ce que je fais sur la terre ?
  •  Qui sont les autres ?

Les types de réponse peuvent être par exemple : « je suis démuni, la vie est dangereuse, les autres ne sont pas dignes de confiance ». Ou bien « je suis malin et je m’en sortirai toujours, la vie appartient aux plus astucieux et j’obtiendrai toujours des autres ce que je veux ».

Ayant répondu à ces questions, l’enfant devenu grand va ensuite trouver des partenaires susceptibles de jouer leur partition dans sa propre symphonie. Si, enfant, j’ai décidé que je ne valais rien, je vais trouver des partenaires qui vont me renforcer dans ma croyance, pour maintenir la cohérence de mon modèle du monde. J’adopte alors des comportements bien spécifiques, je vais éprouver des sentiments spécifiques et ce faisant, je renforce mes vieilles croyances.

Le scénario agit alors comme une entrave au développement de la personne qui va rejouer les mêmes scènes dans d’autres contextes avec d’autres personnages. Les décors changent, ainsi que les costumes, mais la pièce continue à se dérouler inexorablement et à progresser vers son issue dramatique.

Il est pourtant possible de réécrire son scénario, de réviser nos conclusions précoces et d’adopter des convictions plus fructueuses, plus en lien avec les capacités de l’adulte que nous sommes devenu. Une fois l’angoisse dépassée devant ce « saut dans le vide », viennent alors l’énergie créatrice et le sentiment de sa liberté et de sa responsabilité. C’est le chemin que l’Analyse Transactionnelle nous propose d’arpenter, pour retrouver la liberté d’être soi.

Article publié par Valérie Ausseil.

« Chacun de nous a chaque matin la tâche de récréer l’univers à partir de son centre, et nous ne pouvons échapper à cette responsabilité. Malheureusement, nous avons tendance à nous laisser guider par nos habitudes et à répéter chaque matin la même corvée fastidieuse. C’est de cela, et de cela seulement, qu’il est question dans le scénario »

Martin GRODER